Résultats financiers . Le groupe pétrolier
français ne cesse d’accroître son bénéfice net. L’an dernier,
il atteignait 12 milliards d’euros, en hausse de 31 %. Un
chiffre inégalé.
Jamais une entreprise française n’avait engrangé
autant de bénéfices. Jamais, dans son histoire, Total n’avait
gagné autant d’argent. Hier, au pavillon Gabriel, à Paris, à
deux pas des Champs-Élysées et du palais présidentiel, Thierry
Desmarest a annoncé 12 milliards d’euros de bénéfice net pour
le groupe pétrolier français. Une hausse de 31 % par rapport à
2004, un cru déjà exceptionnel pour Total. « On fait
désormais tous les jours ce qu’on faisait en un an en
1995. »
Le cours du baril
reste très élevé
Les résultats financiers du groupe sont
impressionnants. Tous les signaux sont au vert (voir encadré).
Les trois secteurs progressent : l’exploration et la
production en amont, le raffinage et la vente en aval et les
activités chimiques. Pour l’amont, la rentabilité des capitaux
investis atteint même 40 %. Total a bien évidemment bénéficié
en 2005 du cours du baril de pétrole, particulièrement élevé,
de la faiblesse du dollar et de l’amélioration des marges de
raffinage.
En récompense à cette
euphorie financière, Thierry Desmarest a
annoncé, hier, qu’il proposerait à l’assemblée générale des
actionnaires de mai prochain une hausse du dividende de 20 %,
à 6,48 euros. À titre de comparaison, le dividende est de 1
euro par action chez France Télécom et de 2,60 euros à la BNP
(lire page suivante).
Et Total est encore plus généreux avec ses
actionnaires. Il a pour habitude de racheter ses propres
actions, ce qui fait automatiquement monter le cours de
Bourse. Ainsi, en 2005, le groupe pétrolier a racheté 18,3
millions de ses actions pour un montant de 3,5 milliards
d’euros. « Depuis 2000, il a dépensé plus de 20 milliards
d’euros en rachats d’actions », précise le syndicat
SICTAME-UNSA. Dans son rapport publié hier, Total peut ainsi
écrire : « Le bénéfice net par action élève à 20,33
euros, en hausse de 35 %, supérieure à celle du résultat net
ajusté grâce à l’impact des rachats d’actions. »
Dans le même temps, les négociations annuelles
sur les salaires se sont conclues en décembre dernier par une
augmentation de 2,5 %, avec un plancher de 70 euros par mois
pour les employés de Total. « Ce ne sont pas les
résultats en soi qui sont scandaleux, le véritable problème
est celui du partage », commente Bernard Butori, délégué
syndical central SICTAME-UNSA. Jean-Marc Seigle (CGT)
ajoute : « De quoi être dubitatif sur la soi-disant
implication sociale de la société. »
D’autant que les salariés, par la voix de leurs
syndicats, estiment contribuer aux 12 milliards d’euros de
bénéfice net. En effet, selon des chiffres communiqués par le
SICTAME, la production d’hydrocarbures par salarié a fortement
progressé depuis 2000. Le gain de productivité serait de 17 %.
Même mécanisme pour les quantités raffinées et vendues par
salarié. Le SICTAME évalue entre 9 et 10 % les gains de
productivité. « Mais, ceux-ci ont été confisqués au
profit des actionnaires », dénonce Bernard Butori.
D’où, toujours selon les calculs de son
syndicat, un actionnariat qui coûte plus cher à Total que son
personnel. « Le ratio frais de personnel sur chiffre
d’affaires est passé sous la barre des 5 %, alors que le coût
de l’actionnariat a doublé en quatre ans, passant de 3% à 6 %
du chiffre d’affaires. » Autre élément de comparaison,
les rachats d’actions et les dividendes distribués
dépassaient, en 2004, l’investissement net du groupe.
Seul hic pour la direction de Total, l’effet
désastreux que produisent ces chiffres sur l’opinion, dans un
contexte où les prix du pétrole grèvent le budget des ménages.
Hier, Thierry Desmarest a donc tenté de désamorcer la
polémique avant qu’elle n’éclate. Pendant près d’une
demi-heure, il a exposé sa vision des enjeux énergétiques,
insisté sur les économies d’énergie et même évoqué les
énergies renouvelables. Avant de lancer, agacé :
« Pour être pérenne, une entreprise doit faire des
profits. On est dans un jeu mondial, il faut accepter de jouer
ou alors ce serait vraiment dommage pour la France. À un
moment, il faut savoir ce qu’on veut dans la vie : si on
veut que les entreprises pétrolières soient toutes basées
ailleurs dans le monde, il n’y a qu’à le dire. »
Lénaïg Bredoux