Bourse. + 13% pour Total, +20% pour Axa, 103%
pour Danone...Les trés grandes entreprises françaises crèvent
les plafonds de leurs bénéfices nets. Les salariés payent la
note.
Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours
plus fort, mais jamais contents ! Depuis une dizaine de
jours,
les fines fleurs
du CAC 40 livrent leurs résultats
semestriels.
En dehors de secteurs industriels aussi
emblématiques que l’automobile,
les indicateurs sont globalement
au beau fixe, voire extraordinaires comme chaque
année pour
les banques,
les assurances et des groupes comme Danone ou
Lafarge. « Certains secteurs ont réalisé
des performances incroyables »,
explique
à l’AFP, mais sous couvert d’anonymat,
un analyste boursier. Malgré un bénéfice
semestriel de 7 milliards et des centaines de millions
d’euros,
en hausse de 13 %
par rapport à 2005,
le pétrolier Total, qui demeure la plus grosse
capitalisation de
la Bourse de Paris, aurait, nous dit-on,
« déçu » les marchés, qui s’attendaient à une rente
plus élevée encore, due
à la hausse constante
des prix du pétrole.
Mais qu’importe au fond puisque, comme
le confesse à l’AFP l’analyste boursier anonyme,
les investisseurs n’ont pas trop mal pris les résultats les
moins étincelants, en pensant qu’ils vont servir de
« prétexte aux entreprises pour annoncer de nouvelles
restructurations et redresser la barre sur
la fin de l’année ». Voilà les salariés des
géants
du CAC 40 avertis !
Arcelor « La fusion nous inquiète »
Michel Mainguy, secrétaire fédéral de FO métaux. « Le
chiffre d’affaires a progressé de 20,6 %. Pourtant, les
bénéfices du deuxième trimestre sont en nette baisse. La
fusion Arcelor-Mittal Steel nous inquiète. Il est vrai que le
groupe indien s’engage à n’appliquer aucun plan social en
Europe. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Les analyses des résultats du groupe Arcelor doivent tenir
compte des importantes disparités au sein des différents
secteurs d’activités. Alors que le domaine automobile
enregistre les bénéfices les plus importants, le secteur de
l’emballage n’accorde qu’une croissance de 7 %. Arcelor a bien
encaissé l’augmentation des coûts des matières premières et du
pétrole en les répercutant directement sur les ventes faites
aux clients. La direction exerce également un chantage auprès
du gouvernement : le protocole de Kyoto, ratifié par la
France, exige que les industries baissent le taux d’émission
de gaz à effet de serre. En cas de réprimande de l’État sur
nos émissions de CO2, la direction menace de délocaliser en
Inde pour produire sans contrainte. » Axa « Certains
agissements irresponsables » Michel Rizzo, coordinateur
syndical national adjoint UNSA. « Gestion correcte et bon
suivi des risques : le groupe d’assurance Axa est en très
bonne santé. Il s’est toujours arrangé pour que tous les
secteurs soient rentables, même si l’assurance vie rapporte
plus que les autres. Axa exerce une constante et forte
pression sur tous les coûts, y compris salariaux. Et c’est là
que commencent les déceptions. Le projet baptisé Ambition 2012
vise à doubler le chiffre d’affaires et à tripler les
bénéfices : ce qui laisse penser qu’une augmentation de
la productivité et une croissance de la rentabilité seront
nécessaires. Or, deux problèmes majeurs se posent. Le groupe
mène depuis quelques années une politique de rigueur salariale
malgré les bénéfices annuels importants. Ainsi, on nous refuse
les augmentations visant à rehausser le pouvoir d’achat des
salariés. Par ailleurs, les efforts du groupe pour combler les
écarts entre les salaires des hommes et des femmes sont
insuffisants. Sur les 16000 salariés d’AxaFrance, 30 %
partiront à la retraite dans les cinq prochaines années. Pour
les remplacer, des plates-formes sont créées dans des pays
hors du territoire européen, où il n’y a pas de niveau minimal
de Sécurité sociale à respecter et où les salaires sont très
bas (400 euros pour un diplômé bac + 2 au Maroc). Ces
agissements sont irresponsables car ils mettent en danger tous
nos régimes de protection sociale. » BNP-Paribas
« Partageons les fruits de la croissance »
Jean-Claude Ristorcelli, délégué national adjoint CFDT.
« C’est sans surprise. La croissance est la conséquence
du rachat de la banque italienne BNL. Mais pas seulement...
Elle est aussi le fruit du travail de l’ensemble des salariés,
acteurs du développement de l’entreprise. C’est une bonne
nouvelle, mais maintenant il faut partager les fruits de ces
nouveaux chiffres. Quelques heures après la publication des
bénéfices du groupe, nous avons adressé un courrier à la
direction. Nous demandons l’ouverture de négociations
salariales le plus tôt possible. En effet, selon une note
interne de M. Baudouin Prot, le directeur général du
groupe, “BNP Paribas a franchi un cap très important au cours
du deuxième trimestre 2006. Nos revenus augmentent, pour
l’ensemble du groupe, de plus de 40 % en un trimestre”.
Aujourd’hui ce que nous voulons ce sont des mesures pérennes,
notamment pour les 40 000 salariés du groupe en France. Nous
voulons la revalorisation des salaires en fonction de l’indice
des prix, la revalorisation spécifique des bas salaires, et
une prime uniforme pour l’ensemble des salariés. » Danone
« Des salariés smicardisés » Marie-Christine
Eigeldinger, secrétaire fédérale de la CGT agro-alimentaire.
« Le discours du groupe Danone se veut très ouvert. Il
s’appuie sur une image grand public et une récupération des
thèmes humanistes. La réalité est tout autre : on
licencie en France et on réimporte à moindre coût des produits
de l’étranger. Cette annee la hausse du chiffre d’affaire est
le fruit d’une politique de restructurations et
d’externalisations. En France, des licenciements sont
pressentis dans les trois branches du groupe : biscuit,
lait et eau minérale. La biscuiterie de Château-Thierry, qui
emploie 300 personnes, est particulièrement menacée. Mais à
l’aune des conflits sociaux passés, la direction de Danone
emploie des méthodes plus « douces ». De fait, on
assiste à une véritable smicardisation des salariés, dont près
de 20% sont des travailleurs précaires. Non contente de
délocaliser ses activités en Asie ou en Europe de l’Est,
l’entreprise procède également à des réimportations de
produits. Alors que la balance commerciale est déficitaire
dans le domaine du biscuit, Danone réimporte de Pologne des
produits. Dans une moindre mesure, on procède à des
réimportations dans la filière laitière, alimentées par
l’Espagne. Quant aux augmentations de coûts dues à la flambée
du pétrole, et donc du plastique, elles sont directement
répercutées sur les consommateurs, ou servent de motifs aux
restructurations. » Renault « Les oubliés des shows
médiatiques » Philippe Noël, délégué syndical central
CGT. « Renault a deux activités rentables : la
production de véhicules et la communication. En dépit d’un
bilan plutôt moyen, Carlos Ghosn réussit tout de même à faire
monter le cours de l’action, multipliant les écrans de fumée,
comme le rachat de General Motors. Renault demeure donc une
entreprise très profitable et très rentable... pour les
actionnaires. Et les grands oubliés des shows médiatiques de
Carlos Ghosn, ce sont les salariés. Le fabricant d’automobiles
s’appuie sur une bonne croissance externe, qui masque
l’affaiblissement du marché domestique. En France, les ventes
ne progressent pas, faute d’un renouvellement des modèles
proposés. Les bénéfices sont portés par Nissan, dont la part
dépasse 60 %. La Logan, produite par Dacia, offre également
des marges importantes. Produite essentiellement en Roumanie,
par des salariés payés 140 euros par mois, l’investissement
est plus rentable que l’achat massif de robots. Renault mise
également sur le volume des ventes : 800000 Logan
sortiront des usines en 2008-2009. Carlos Ghosn a également
lancé une politique de réduction des coûts. D’abord en termes
de personnel : dans l’usine de fabrication de la Clio 2 à
Flins, les intérimaires constituent près de 70 % des effectifs
salariés. Et en termes d’achats : Carlos Ghosn a fixé
comme objectif une réduction de 14 % sur trois ans, entendant
faire pression sur les fournisseurs. » Sanofi- Aventis
« La finance contre le médicament » Thierry Bodin,
délégué syndical central CGT. « Les fortes augmentations
des bénéfices sont d’abord liées aux ventes internationales,
aux États-Unis principalement, mais aussi dans des pays dits
« émergents », dont une partie de la population est
très solvable, comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.
Les médicaments y sont vendus avec des marges très élevées, de
l’ordre de 80 %. La recherche de nouveaux médicaments et la
distribution dans les différents pays sont clairement adaptées
au marché. Les maladies parasitaires, telles que le paludisme,
qui sévissent dans les pays du Sud n’entrent pas dans les
priorités. Les bons résultats s’expliquent également par une
augmentation de la productivité des employés de l’entreprise.
Si le nombre de salariés a très légèrement augmenté de par le
monde, c’est principalement, sauf en France, dans le secteur
commercial. D’ailleurs, en termes d’investissement, les coûts
publicitaires dépassent les coûts de recherche. En France,
certains secteurs d’activité ont vu leur effectif diminuer.
Ainsi, les visiteurs médicaux qui conseillent les praticiens
sont les plus touchés : cette année, plus d’une centaine
d’entre eux ont quitté l’entreprise. En 2005, 600 postes
avaient déjà été supprimés. Pendant ce temps, les dividendes
augmentent de manière considérable : plus de 2milliards
d’euros ont été redistribués aux actionnaires (+ 26 % par
rapport à 2004). La primauté des exigences financières de
l’ensemble de l’industrie pharmaceutique semble incompatible
avec une industrie des médicaments au service des populations.
» Société générale « Les contrats précaires se
multiplient » Maryse Gauzet, déléguée syndicale nationale
FO. « La Société générale enregistre un bénéfice de 2,79
milliards d’euros pour le premier semestre. Nous avons
l’habitude de voir le groupe réaliser des résultats
mirobolants. Nous voulons maintenant qu’il y ait des retombées
pour les salariés. L’année passée, nous avons arraché une
augmentation pérenne pour tous les employés du groupe. Nous
comptons demander la même chose pour cette année. Ce qui est
remarquable à la Société générale, c’est l’augmentation
visible des contrats précaires. Nous voyons de plus en plus
d’intérimaires et de sous-traitance. De nombreux contrats ne
sont pas renouvelés et nous le dénonçons. Il nous est arrivé
de demander l’embauche définitive de certains intérimaires qui
avaient plus de dix ans d’expérience au sein de la banque. Par
ailleurs, une véritable pression est exercée sur les salariés
en contact avec la clientèle. La direction exige d’eux des
résultats disproportionnés. En conséquence de ces pressions,
de nombreux salariés sont découragés et dépressifs. »
Total « Un partage inéquitable » Bernard Butori,
coordinateur syndical UNSA. « En 1998, les bénéfices de
Total étaient d’environ un milliard de dollars dans l’année.
Désormais, ce chiffre, le groupe pétrolier le réalise en un
mois. Depuis l’absorption de Fina-Elf, Total passe de record
en record. Pour le premier semestre 2006, les bénéfices sont
de 6,74 milliards d’euros. Le prix du baril assez élevé est
pour beaucoup dans ces bénéfices. Il faut prendre en compte
les marges du raffinage qui ne sont pas négligeables et le
succès de l’apport-cession (spin-off) de la filiale chimie
Arkema. Cependant, ces gains mirifiques ne sont pas à la
hauteur des attentes de la Bourse. Nous considérons que Total
n’est pas très engagé dans l’exploration des pistes pour le
remplacement des énergies fossiles. Les bénéfices du groupe ne
sont pas indécents ; ce qui l’est, c’est le rachat par le
groupe de ses propres actions. L’année dernière, cette
initiative a coûté quatre milliards d’euros. Pour éviter ce
gaspillage, nous avons proposé l’offre gratuite de ces actions
à tous les salariés du groupe partout dans le monde. La
direction n’a pas accepté. Le partage des bénéfices n’est pas
équitable. Pour preuve, en 2005, Total a supprimé les
retraites chapeaux pour les salariés et les a maintenues pour
les cadres touchant huit fois le plafond de la Sécurité
sociale. Ainsi, la modique somme de 500000 euros est mise de
côté chaque année pour la retraite du président du groupe,
Thierry Desmarest. »